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Les études conduites auprès de patients chroniques (voir Résultats) sont limitées par plusieurs facteurs:
- Elles portent sur des patients dont l'évolution est défavorable et ne prennent pas en considération ceux qui se rétablissent après un premier épisode.
- Elles sont influencées par l'impact des rechutes inhérentes au vécu des malades chroniques; ces rechutes, souvent aggravantes, sont susceptibles de modifier la réponse au traitement et empêchent de vérifier son efficacité sur les symptômes initiaux de la maladie.
- Les résultats sont également influencés par les effets de la prise chronique de médicaments sur les mécanismes de la maladie.
Les études portant sur des personnes traversant la phase précoce d'un trouble psychotique permettent d'éviter ces biais et offrent ainsi l'opportunité d'étudier des phénomènes intimement liés à la pathologie elle-même, ceci dans une population de patients représentatifs de tous les potentiels d'évolution.
Par ailleurs, plusieurs études suggèrent que lors de troubles psychotiques, les 5 premières années constituent une "phase critique", au cours de laquelle il serait possible d'infléchir la courbe d'évolution défavorable de la maladie.
D'autres études montrent que des phénomènes de modification cérébrale surviennent au moment de la transition vers la psychose franche (psychose pleinement déclarée, ayant dépassé le stade des signes avant coureurs).
Il semble donc important de chercher à développer des traitements qui permettraient d'agir sur les phénomènes qui surviennent pendant la phase critique.
Considérant ces éléments, l'étude menée actuellement par l'Unité de recherche sur la schizophrénie (URS) a pour objectif d'évaluer l'impact de l'adjonction de NAC (N-acétyle-cysteine, nouveau médicament inspiré directement des recherches de l'URS) au traitement neuroleptique standard chez des patients traités lors des premières apparitions d'un trouble psychotique.
Il s'agit d'un essai randomisé contre placebo, en parallèle et double aveugle sur une durée de 6 mois par patient. Il est prévu d'inclure progressivement 80 à 100 patients. La moitié des patients participant à l'étude reçoit de la NAC, l'autre moitié absorbe un placebo (substance neutre); la répartition se fait au hasard. L'étude est menée simultanément sur les deux groupes, ni les patients ni les responsables de l'étude ne sachant qui reçoit la NAC et qui reçoit le placebo.
Plusieurs institutions à Lausanne collaborent à ce projet (CHUV, EPFL, UNIL) ainsi qu'un groupe de recherche de la polyclinique psychiatrique universitaire de Bâle, sous la responsabilité de la Professeure Anita Riecher-Rössler.
Par ailleurs, une équipe de la Harvard Medical School à Boston (USA), sous la direction du professeur Larry J. Seidman, s'est déclarée intéressée par le projet en question; elle souhaite y participer en menant une étude parallèle de son côté, dont les résultats constitueront un précieux complément aux données obtenues à Lausanne et à Bâle.
Il s'agit donc d'une étude multicentrique, menée selon des paramètres communs - mais dont le financement (en Suisse et aux Etats-Unis) est entièrement indépendant. Elle a commencé début 2009 et va occuper une grande partie des moyens et des forces de l'URS impliqués dans la recherche clinique durant quatre ans.
Outre l'étude en cours, les résultats prometteurs obtenus par l'URS encouragent la poursuite de son programme de recherche translationnel, qui inclut:
- une recherche clinique avec les patients, en particulier lors des étapes débutantes de la maladie; une investigation de l'effet de la NAC lors des prodromes de la maladie, c'est-à-dire lors des premiers symptômes légers avant que la maladie ne devienne manifeste, sera mise à l'étude; en effet, il est possible que l'efficacité d'un traitement soit meilleure plus il est entrepris tôt dans le processus pathologique.
- une recherche fondamentale avec des modèles expérimentaux (cultures de cellules, souris) pour éclaircir les mécanismes pathophysiologiques et découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques;
- des essais cliniques ciblés sur de nouveaux traitements et, à plus long terme, sur la prévention de la schizophrénie.
Recherche clinique:
- Rechercher d'autres facteurs de vulnérabilité
- Etudier les interactions gènes-environnement
- Rechercher un profil de marqueurs biologiques fiables en vue d'une détection et d'une intervention précoces
- Evaluer ce profil de biomarqueurs dans une étude longitudinale, c'est-à-dire périodiquement et sur plusieurs années après les premiers épisodes psychotiques
Recherche fondamentale:
- Etudier les mécanismes physiopathologiques
- Etudier le déséquilibre du système "redox" (système des réductions et oxydations dans les cellules nerveuses) pendant les différentes phases critiques du développement du cerveau
- Etudier le rôle du déséquilibre "redox" dans le développement des cellules responsables de la formation de la gaine de myéline entourant les faisceaux de fibres nerveuses; la myéline sert à isoler et protéger les fibres nerveuses, qui - regroupées en faisceaux - connectent entre elles les différentes parties du cerveau et transmettent les impulsions nerveuses; les troubles concernant les faisceaux de fibres nerveuses observés chez les patients expliquent les problèmes d'intégration sensorielle, cognitive et motrice.
- Etendre cette recherche à d'autres affections psychiatriques telles que les troubles bipolaires et l'autisme pour lesquels des évidences récentes montrent l'implication d'une dérégulation "redox"; si cette hypothèse est confirmée, elle pourrait avoir des conséquences importantes sur le traitement de ces maladies.
- Identifier les anomalies au niveau des constellations de gènes impliqués dans la schizophrénie
Essais cliniques:
- Mener des essais de traitement avec des substances qui élèvent le taux cérébral de glutathion (précurseurs du glutathion, modificateurs d'enzymes)
Le programme de recherche développé par l'URS devrait conduire à une meilleure compréhension des troubles du spectre de la schizophrénie. Il devrait permettre d'établir un profil de marqueurs biologiques fiables afin de détecter précocement les sujets à risque. Un traitement préventif, sans effets secondaires, pourrait alors être mis en place afin d'éviter la formation de lésions irréversibles du système nerveux au cours du développement.
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